L’ego : une construction nécessaire… puis un obstacle
Dans la tradition du yoga indien, et plus précisément dans la philosophie Vedanta et le Samkhya, l’ego — appelé Ahamkara (अहंकार), littéralement « le faiseur de Je » — est le principe d’individuation. Il est ce qui, dès l’enfance, permet à l’être humain de se vivre comme une entité séparée, de dire je suis, de développer une conscience de soi distincte du monde environnant.
Cette fonction est, au départ, absolument nécessaire. L’enfant qui se constitue doit d’abord se construire une identité solide. C’est ce que Carl Gustav Jung appelait le processus d’individuation : devenir soi-même, se différencier.
Mais voilà où le problème commence.
Quand l’ego se referme sur lui-même
L’ego, une fois constitué, tend naturellement à se croire le centre de tout. Il ne connaît que sa propre perspective, ne défend que son propre territoire. C’est ce que la philosophie yogique nomme la personnalité égotique : une structure mentale qui fonctionne dans un registre binaire — ce qui est à moi est juste, ce qui est à toi est faux.
Cette rigidité engendre un cortège d’ombres bien connues :
- L’orgueil et le narcissisme
- La jalousie et la possessivité
- La lâcheté et la mesquinerie
- L’incapacité à accepter un point de vue différent du sien
Sri Aurobindo écrivait :
« L’ego est la racine de toute l’ignorance ; c’est lui qui sépare l’être de sa propre vérité profonde. » (La Vie Divine)
Nous connaissons tous cela : qui n’a pas été dans sa Vie lâche, orgueilleux, haineux, manipulateur, médisant, violent, jaloux, possessif, mesquin (et j’en passe…) ?
Tous les conflits humains — disputes, malentendus, guerres — trouvent leur source dans ce même mécanisme : des ego qui se heurtent, chacun convaincu d’avoir raison, aucun ne laissant vraiment de place à l’autre.
Le mental inférieur : là où l’ego s’enracine
Dans le yoga et le Vedanta, on distingue deux plans du mental :
- Le mental inférieur (manas dans sa dimension réflexe) est le siège de l’ego, des peurs archaïques, des croyances limitantes, des émotions réactives — colère, peur, désir compulsif, jalousie. Il réagit, il juge, il se défend. Il est le théâtre de ce que Jung nommait l’ombre : ces aspects de nous-mêmes que nous refusons de voir.
- Le mental supérieur (Buddhi, l’intellect éclairé, ou la conscience pure Purusha) est au contraire la faculté d’observation neutre. Il permet de prendre du recul, de regarder ce qui se passe en soi comme un témoin extérieur, sans se laisser emporter par l’émotion.
Le Yoga Sûtra de Patanjali l’exprime ainsi :
« Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ »
— Le yoga est la cessation des fluctuations du mental. (YS I.2)
C’est précisément cette agitation incessante de l’ego que la pratique yogique invite à apaiser.
Observer, puis choisir
Des pratiques comme la méditation, la pleine conscience, le pranayama et le yoga nous entraînent à observer notre fonctionnement intérieur sans y être prisonniers. Elles développent progressivement des qualités que l’ego seul ne peut produire : l’altruisme, la tolérance, l’écoute, l’empathie — et finalement, l’amour.
Thich Nhat Hanh disait : « La méditation n’est pas une fuite de la réalité. C’est un retour serein à elle. »
Dans la Communication Non-Violente développée par Marshall Rosenberg, on retrouve cette même sagesse : Préfères-tu avoir raison, ou préfères-tu avoir la paix ? Cette question suffit souvent à remettre la qualité de la relation au premier plan.
L’ego dans le miroir du Tarot de Marseille
Le Tarot de Marseille offre une cartographie saisissante de l’ego et de ses mécanismes. Loin d’être un simple outil divinatoire, il peut se lire comme une carte de la psyché humaine — et le versant ombre de chaque arcane majeur correspond précisément aux manifestations de notre ego dans toute sa complexité.
L’Arcane XV — Le Diable en est la figure centrale. Dans la tradition du Tarot de Marseille, notamment telle que la transmet Alejandro Jodorowsky, le Diable représente l’ego dans sa forme la plus brute : enchaîné à la matière, aux pulsions, aux désirs compulsifs, à la peur animale. Les deux personnages enchaînés à sa base symbolisent l’être humain prisonnier de son mental inférieur — incapable de s’élever, fasciné par sa propre image. C’est l’Ahamkara en action : le moi qui se croit tout, qui possède, qui s’agrippe.
La Lune — Arcane XVIII évoque une autre facette de l’ego : l’illusion et la subjectivité absolue. L’ego, en ne partant que de son propre prisme, croit percevoir la réalité alors qu’il n’en capte qu’un reflet déformé, un paysage nocturne peuplé de projections. La Lune nous dit que personne ne voit le monde tel qu’il est — nous voyons le monde tel que nous sommes. Cette ignorance fondamentale (Avidya dans le yoga) est précisément ce qui maintient l’ego dans son illusion de toute-puissance.
Le Soleil — Arcane XIX, dans son versant ombre, incarne l’orgueil : cette certitude d’être dans la lumière, d’avoir raison, de se glorifier de son propre bonheur, de rayonner une vérité que les autres seraient incapables de saisir. L’ego solaire est peut-être le plus subtil — car il se pare des habits de la confiance et de la joie pour mieux masquer sa rigidité…
Et c’est là la leçon profonde du Tarot : chaque arcane majeur porte en lui un versant ombre qui est le visage de notre ego.
Le Pape peut devenir dogmatisme et intolérance, l’Impératrice arrogance et superficialité, la Justice rigidité et intransigeance, le Monde isolement narcissique, et ainsi de suite.
Les arcanes majeurs ne décrivent pas des destins figés — ils décrivent des états intérieurs, des dynamiques psychiques que nous traversons tous.
Regarder le Tarot avec cet œil, c’est accepter de se voir en face. C’est une forme de courage spirituel — exactement ce que le travail sur l’ego demande.
Mettre l’ego en sourdine — pas le tuer
Il ne s’agit pas d’annihiler notre personnalité. L’ego a sa place, mais comme outil, pas comme maître.
Il s’agit ainsi de reprendre les rênes : observer nos pensées sans les subir, choisir nos paroles avec conscience, agir depuis un espace plus vaste que notre seul intérêt immédiat.
Regarder notre ombre avec lucidité et bienveillance, comme Jung nous y invitait : « On n’éclaire pas les ténèbres en imaginant des figures de lumière, mais en rendant l’obscurité consciente. »
Mettre l’ego en sourdine, c’est apprendre à habiter un espace intérieur plus vaste — celui où l’autre existe vraiment, où la différence cesse d’être une menace et devient une richesse.
C’est là, précisément, que commence la pratique spirituelle. Et pour moi, cheminer avec le Tarot de Marseille est une pratique thérapeutique, existentielle et spirituelle.
« La paix commence là où l’ego finit. » — Swami Vivekananda
Et si le Tarot devenait votre miroir ?
Dans un tirage de Tarot psychologique tel que je le pratique et l’enseigne, chaque carte que nous tirons est une invitation à regarder en face ce que l’ego préférerait ignorer.
Une consultation peut être le premier pas pour identifier vos propres mécanismes égotiques, éclairer vos ombres et ouvrir un espace de transformation intérieure.
👉 Je vous invite à réserver votre consultation sur mon site en cliquant sur ce lien : passion-tarot.com
Cet article est inspiré de la philosophie du Yoga, du Vedanta, de la psychologie jungienne, de la Communication Non-Violente et du Tarot de Marseille selon la tradition de Jodorowsky.


Un texte très utile…
Le fameux « V.I.T.R.I.O.L. » des alchimistes et des groupes initiatiques entre en résonance avec ce joli texte : il ne s’agit pas d’une quête narcissique mais d’une plongée en soi, comme le prônait Jung. Le but est bien entendu d’être meilleur, pour soi et pour le monde.
Or, nous vivons une période d’explosion des égos, de pulsions destructrices… les taoïstes parleraient d’un excès total de Yang : la carte du Diable n’est-elle pas la plus illustratrice de ce phénomène ? Face à cela, il est primordial, je crois, de cultiver la bienveillance, la bonté, la modestie… autant de valeurs qui sont également présentes dans le tarot me semble-t-il.
Merci beaucoup pour votre commentaire Julien !