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Histoire du Tarot de Marseille

N’étant pas historienne, j’ai écrit cet article à partir des explications et des recherches du livre extrêmement documenté d’Isabelle Nadolny Histoire du Tarot, Origines – Iconographie – Symbolisme.
Le but de cet article est non pas d’expliquer l’origine du Tarot – difficile à prouver – mais de donner des bases historiques claires sur la naissance et l’évolution du Tarot au fil du temps, et de montrer aussi ce que le Tarot n’est pas.

Le Tarot vient d’une culture particulière, implanté dans un contexte historique et géographique précis. Les images du Tarot appartiennent au répertoire iconographique de l’Europe de la fin du Moyen Âge : elles contiennent des références à la fois littéraires et chrétiennes des débuts de l’humanisme, mais aussi des figures de l’imaginaire populaire médiéval et des influences venues de l’astrologie, de l’alchimie… Ces images sont des archétypes de la condition humaine qui nous parlent depuis la nuit des temps : le pouvoir, l’amour, la victoire, la mort, l’enfer, le paradis, la Terre, le Ciel, avec le Soleil et la Lune

Etymologie et sens du mot « tarot »

Le mot « tarot », apparu en France au XVIe siècle, vient de l’italien « tarocco ».
L’origine et le sens du mot sont obscurs : dérivé de « taroccare » signifiant « se mettre en colère », « répondre par une carte plus forte » (peut être de « tara » signifiant déduction). Le mot peut aussi dériver de « arrocco », verbe italien qui évoque l’attaque, utilisée quand on attaque la tour aux échecs.
L’étymologie est aussi mystérieuse que son origine légendaire. Au début, le jeu était nommé « trionfi » (« triomphes »). Autour de 1500, il devient « tarocchi ».
Pour désigner les cartes du jeu de Tarot, on utilise plutôt le terme « lame ». Employé pour la première fois au XVIIIe siècle, le mot « lame » (du latin « lamina ») désigne une plaque fine et mince d’une manière dure : il a été donné aux cartes par allusion à leur forme.

On parle du « Tarot de Marseille » car il y avait à Marseille une longue tradition d’imprimeurs de cartes à jouer (on les appelle les cartiers), comme le jeu restauré récemment par Philippe Camoin, avec l’aide de Jodorowsky.

D’après Liz Greene dans son livre Le Tarot mythique, « l’invention des cartes du Tarot provient de sources très diverses. Certains pensent qu’elle a pour origine les rituels et les symboles religieux de l’ancienne Egypte ; d’autres, les cultes mystérieux de Mithra (premiers siècles après Jésus Christ). D’autres encore établissent des relations intéressantes soit avec les croyances païennes celtes, soit avec les cycles poétiques de la Table Ronde et du saint Graal, qui apparurent à l’époque médiévale en Europe de l’ouest. Finalement, les historiens qui ont étudié les premières cartes que nous possédons en arrivent à la conclusion qu’elles furent peintes à la Renaissance.

En tout cas, une chose est sûre : nous accordons toujours à ces cartes une résonance étonnante, une signification profonde, comme si leurs symboles plongeaient dans une mémoire commune à tout le genre humain, à toutes les civilisations. Ils constituent un réseau d’associations secrètes avec les mythes, les légendes et le folklore qui composent l’inconscient collectif et qui hantent depuis toujours notre psyché. C’est pourquoi on peut dire que les Arcanes du Tarot sont des archétypes. »

L’histoire des jeux en Occident

Le Tarot de Marseille, entre divertissement et divination.
Les êtres humains se sont depuis toujours intéressés aux jeux.

« Les jeux ne sont pas des actes gratuits, anodins, fortuits, ce sont des actes posés hors du temps commun avec des règles et des enjeux qui dépassent parfois aussi la compréhension », écrit Isabelle Nadolny.

La divination existe depuis la nuit des temps : dans l’Antiquité déjà, on consultait des oracles, on interprétait les rêves (l’onirologie).

Quant aux cartes, quel sens donner au fait d’étaler un jeu devant soi pour connaître le sens caché de son existence ?

« Tout jeu a pour cause le désir de l’homme d’exercer ses facultés physiques ou cérébrales, de montrer sa force ou son habileté face aux autres », écrit Isabelle Nadolny

Sort, hasard, destinée

Les jeux de hasard renvoient au sort, à la destinée, à la fatalité, à la magie…
Le hasard et la chance reposent sur les notions d’aléatoire et d’improbable, à l’opposé des préceptes de l’Église, qui attribuait à un Dieu omnipotent la capacité de décider de tout, y compris du fortuit. C’est pour cela que l’Eglise avait une aversion pour les jeux de hasard et attribuait les pratiques divinatoires au Diable, considéré d’ailleurs comme l’inventeur des jeux.

La notion de hasard n’existait pas dans l’Antiquité qui attribuait à la déesse Fortune la distribution insensée des événements : dès le Moyen Âge, la Fortune est représentée par une femme avec les yeux bandés et la célèbre roue que l’on retrouve dans l’Arcane X, Roue de Fortune.

Le sort est, quant à lui, la conséquence du hasard : il est ce qui doit arriver du fait du hasard et des circonstances ; il est aussi le fruit de la destinée ; enfin, c’est ce qui doit arriver du fait d’un acte magique, le plus souvent néfaste (on parle alors de « jeter un sort »). On utilise des objets de hasard (les dés, puis, plus tard, les cartes) pour forcer le sort à se révéler.

La notion de destin introduit l’idée de détermination : « destinare » en latin signifie « projeter, destiner ». On peut dire qu’à l’opposé du hasard, un destin est écrit.

Lorsqu’on s’intéresse aux jeux, la question est de savoir où se situe la frontière entre le ludique et le divinatoire. Joue-t-on pour gagner face à un adversaire ou pour chercher une réponse à une question que l’on se pose ? Ce sont ces interrogations et ces quêtes qui ont animé les êtres humains depuis l’Antiquité, jusqu’à la Renaissance et jusqu’aux temps modernes. Les jeux ont toujours été à la fois récréatifs et sérieux, avec des buts de réflexion et /ou de divination.

Mais les jeux sont aussi liés à des histoires sordides de tripots, d’escrocs sans scrupules et de joueurs dupés et ruinés. C’est pour cela que, depuis l’Antiquité, les jeux ont été interdits par les autorités (Etats et Eglise).

Cela n’a pas empêché l’Occident de beaucoup jouer (dés, échecs, loteries, jeux de l’oie, cartes…) avant que certains jeux – comme les échecs, et les cartes, apparues au début du XVe siècle – deviennent le symbole d’une aspiration à l’ordre.

« Aujourd’hui, pouvons nous dire quelles forces nous mettons en présence lorsque nous pratiquons le Tarot ? La réponse serait plutôt de considérer une voie du milieu entre le hasard – qui n’obéit à aucune loi – et la destinée – qui est scellée – en nous reliant à la « loi de cause à effet » (c’est la « loi du karma ») ou « loi de l’attraction », loi universelle qui présuppose que chacun de nos actes produit une conséquence et que nous sommes les créateurs de notre réalité », explique Isabelle Nadolny.

L’origine des jeux de cartes

Les cartes datent du XIVe siècle (fin du Moyen Age). Leur origine est incertaine. On peut penser qu’elles sont apparues en France vers 1380.
Le mot « carte » signifie « papier sur lequel on écrit ». Les jeux de cartes sont liés à l’histoire du papier et de la gravure : en 1400, l’apparition de la gravure sur bois (née en Europe centrale) rencontre le papier (inventé en Chine au IIe siècle apr. J.-C. et arrivé en Occident au XIIe siècle). Cette technique permettait de graver aussi bien des estampes religieuses que des cartes à jouer.

Les premiers graveurs de cartes datent de 1430, avant qu’un nouveau métier voie le jour : imprimeur de cartes à jouer, ou encore « cartier ». Les cartiers utilisèrent largement la technique de gravure sur cuivre pour imprimer leurs cartes.

Les plus anciens jeux de cartes sont allemands, ils datent du XVe siècle. Peints à la main, ils étaient destinés à de riches acheteurs.
En France, le plus ancien jeu de cartes connu date de 1472.

On y trouve des suites de 4 couleurs, et des personnages de cour (rois, reines, valets…) représentant des héros bibliques, mythologiques et historiques. Ces personnages figurent des modèles représentant des vertus (courage, piété, beauté…) que l’on retrouvera dans les jeux de Tarot italiens.

> L’apparition du Tarot en Italie au XVe siècle : un jeu éducatif et savant


Le Tarot est né à une époque de foisonnement intellectuel et artistique et de développement de la culture profane que l’on appellera l’humanisme et qui se développa autour des années 1430-1450. Mais c’étaient aussi des temps très troublés et violents.
Le Tarot est lié aux jeux de guerre comme les échecs, dans lesquels le but est de mettre l’adversaire en échec. D’ailleurs, le mot « atout » désigne un moyen de réussir, une chance, un avantage.

Le but du jeu de Tarot serait plutôt de nous exercer à la vertu et à la réflexion.

Les images des atouts étaient très répandues à cette époque : on les retrouve dans les fresques et les peintures de l’époque. Sur les cartes, c’est comme si ces symboles devenaient des « tableaux mobiles » propices à une méditation sur la finitude humaine.

Le Tarot reflète toute la richesse intellectuelle et philosophique de la Renaissance dans laquelle l’humain est au centre des réflexions. C’est l’époque des princes mécènes, des artistes comme Botticelli et Michel Ange.
Il est possible que l’auteur du Tarot au XVe siècle soit un humaniste lettré proche des cours princières des royaumes d’Italie (Ferrare, Milan et Florence). Les premières apparitions du Tarot sont en effet des commandes princières.


Les premiers jeux que nous pouvons étudier sont datés de la seconde moitié du XVe siècle et ont été fabriqués en Italie. Ils étaient appelés alors « naibi à triomphes » : « cartes de triomphes » ou « jeux de triomphes ».
On distribuait les cartes au hasard et les atouts tirés étaient des figures inspirantes et didactiques pour les princes.
Ce « jeu des triomphes » était peut être un jeu d’éducation destiné aux princes pour leur montrer comment devenir de bons gouvernants.

A la la fois divertissement et support d’identification et de méditation, ce jeu n’est pas qu’un simple jeu de hasard, mais aussi un jeu d’édification et d’éducation à visée humaniste.

Le premier jeu de Tarot – dit de « Visconti di Modrone » – a été commandé en 1441 par le duc Filippo Maria Visconti pour sa fille Bianca Maria (qui inspira peut être l’Arcane de l’Impératrice) à l’occasion de son mariage avec Francesco Sforza. Les cartes du jeu furent peintes à la main avec des pigments précieux sur fond d’or.
C’est de la famille Visconti que proviennent les plus anciens Tarots connus et conservés aujourd’hui. Le jeu contenait à l’époque 25 atouts (qu’on appelle aujourd’hui Arcanes majeurs). Il y avait en effet 3 cartes aujourd’hui disparues : la Foi, l’Espérance et la Charité (trois vertus théologales).

> L’arrivée du Tarot de Marseille en France au XVIIe siècle :

En France, la plus ancienne mention du mot « tarot » (écrit d’abord « taraux ») date de 1505. On le trouve sous la plume de Rabelais en 1534.
Le plus ancien jeu de Tarot dont l’ensemble des atouts est numéroté est un jeu lyonnais de 1557.

Le traditionnel jeu de Tarot divinatoire tel que nous le connaissons aujourd’hui est apparu en France seulement au XVIIe siècle.

Le Tarot n’a pas été créé à Marseille mais à Lyon, c’était une adaptation des jeux italiens. Dans les années 1650, un cartier parisien, Jean Noblet, édite un Tarot : c’est le plus ancien jeu de Tarot dit de Marseille, connu et conservé. L’auteur du Tarot de Marseille est probablement un maître cartier du temps du règne de Louis XIV. Les symboles du jeu viennent sans doute eux aussi d’Italie.

Le jeu de Tarot tel qu’on le connaît n’a pas été créé à Marseille !
Il porte ce nom depuis 1856. Les occultistes du XIXe siècle vont reprendre ce terme.
La ville de Marseille produisait des cartes depuis 1631, mais c’est au XVIIIe siècle qu’elle s’est rendue célèbre pour ses cartiers (fabricants de cartes à jouer).
La maison Grimaud, fondée en 1858, réédite, en 1930, grâce à Paul Marteau (directeur de la maison), l’« ancien Tarot de Marseille » encore vendu de nos jours.
Les cartiers ont joué un rôle très important car ils ne se contentaient pas seulement de fabriquer et de les vendre les jeux, ils les créaient également.

Au tournant du XIXe siècle, le Tarot dit de Marseille est plutôt difficile à trouver, alors que les Tarots « à jouer » sont très répandus en Italie depuis les années 1900.

L’apparition du Tarot divinatoire

Alors que, dans l’Antiquité, la divination se manifestait officiellement dans les temples, au Moyen Age, dans l’Occident chrétien, on s’intéresse à des pratiques « magiques » et à différentes techniques divinatoires issues du monde antique : la divination peut être « naturelle » – c’est alors une révélation dispensée par les dieux aux êtres humains en étant de transe, ou à travers les rêves – ou « artificielle » – c’est ici une attitude d’accueil et d’interprétation des signes.

A l’époque, l’astrologie était encore peu répandue.

C’est aux XIIe-XIIIe siècles que furent écrit divers traités sur l’art divinatoire. Mais les cartes n’étaient pas encore mentionnées dans ces traités.

C’est surtout par le biais de l’astrologie que l’on peut faire des associations entre la divination et les cartes à jouer.

La naissance de l’occultisme

Les liens entre la divination et les cartes sont attestés dès le XVIe siècle, en Allemagne et en Italie, dans des ouvrages associant des prédictions et des images de cartes, un peu comme les livres de sorts du Moyen Age. Les cartes n’avaient alors aucune valeur prédictive en tant que telles.
La cartomancie est une discipline récente.

Au XVIIe siècle, Antoine Court de Gébelin (1725-1784) et Jean Baptiste Alliette (1738-1791) furent les premiers à évoquer le Tarot comme le réceptacle d’un savoir caché et ancestral et à considérer qu’il pouvait avoir un autre usage que le jeu.

A la fin du XVIIe siècle, les pratiques occultes s développent en France.

La France de Louis XVI est une époque paradoxale : la quête du savoir va de pair avec une recherche du plaisir et du divertissement.
Le siècle des Lumières développa deux façons de voir le monde : d’un côté, les encyclopédistes – qui cherchent à rationaliser le savoir – d’un autre, les passionnés de sciences occultes – qui s’intéressent à l’alchimie, à la magie, à la kabbale, au spiritisme… Les sociétés occultes – comme la franc-maçonnerie venue d’Ecosse et d’Angleterre – se développent à grande vitesse et touchent aussi les élites sociales.

C’est dans le salon de Madame Helvétius que Court de Gébelin découvre le jeu de Tarot, qu’il interprète comme un ensemble de « hiéroglyphes égyptiens », c’est à dire comme des figures ou des symboles anciens, mystérieux, hermétiques.
Ce jeu fut reproduit dans son ouvrage Le Monde primitif paru en 1781 : ce sont les premières illustrations que nous avons du Tarot dit de Marseille, avec des commentaires sur les « atouts ». Son jeu est influencé par la culture de l’ancienne Egypte, dont les symboles seront repris plus tard dans les jeux anglo-saxons (par exemple, le Pape et la Papesse deviennent le Grand Prêtre et la Grande Prêtresse).

Le premier qui associa la divination et le Tarot fut le Comte de Mellet (1727-1804), homme de guerre et aristocrate de haut rang, dans son livre Recherches sur les tarots et sur la divination par les cartes des tarots.

En 1770, le célèbre cartomancier Jean Baptiste Alliette, dit Etteilla, écrit le plus ancien traité de cartomancie connu : Manière de se recréer avec un jeu de cartes. C’est lui qui développa l’idée d’utiliser le jeu de Tarot pour des pratiques de cartomancie, et écrivit un ensemble d’interprétations complet sur les 78 cartes. Il influença tous les tarologues du XXe siècle avant l’apparition du Tarot de Paul Marteau.

> Les occultistes et le Tarot aux XIXe, XXe siècle et XXIe siècles :

D’un côté, on voit se développer la cartomancie avec des tirages de cartes pour lire l’avenir et répondre aux questions des consultants. Cette pratique est plus typiquement féminine. Pendant longtemps, la cartomancie a été réservée à un public féminin.

D’un autre, tout un mouvement occulte se crée autour du Tarot initiatique, avec pour but une quête philosophique, une recherche de la vérité et de la sagesse.

Ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle que ces deux approches se réuniront : le Tarot devient alors à la fois un outil de divination et de méditation.

Citons les noms des personnages qui ont beaucoup oeuvré pour la diffusion du Tarot divinatoire :

– Eliphas Lévi (de son vrai nom Alphonse-Louis Constant, 1810-1875):

Il est l’auteur majeur de la tradition ésotérique du Tarot. C’est réellement lui qui en fit un objet occulte, le considérant comme un livre sacré détenteur d’une vérité cachée.

D’ailleurs, le mot « occultisme » apparut seulement en 1842 ! On pourrait le définir comme un courant de pensée dont le but serait de redonner vie aux anciennes initiations, aux anciens savoirs (des Egyptiens, des Hébreux…), au-delà des fractures historiques et en réaction à une modernité rationaliste et matérialiste.

– Oswald Wirth (1860-1943) :
Il est connu pour avoir publié de nombreux livres consacrés à la franc-maçonnerie, et, en 1927, Le Tarot des imagiers du Moyen Age accompagné d’un jeu de Tarot dessiné par l’auteur, constitué uniquement des 22 Arcanes majeurs. Oswald Wirth avait cherché à reconstituer le « Tarot authentique », inscrivant une des 22 lettres hébraïques sur chaque Arcane. Il est l’un des premiers auteurs à avoir réconcilié la partie « occulte » et la partie « divinatoire » du Tarot. Dans son livre, on trouve aussi une partie « Interprétations divinatoires » pour chaque Arcane et le fameux « tirage en croix » devenu célèbre chez les praticiens de Tarot.

– Papus (1865-1916) :
Dans les années 1880, à la suite d’Eliphas Lévi, Papus et d’autres auteurs feront du mouvement occultiste français un ensemble complexe et élaboré, où alchimie, astrologie, hermétisme, kabbale et Tarot s’entremêlent. Les occultistes rêvent de façonner un monde nouveau en conformité avec les sagesses ancestrales.
Papus, de son vrai nom Gérard Encausse, était un personnage haut en couleur de la Belle Epoque. En 1889, il publie ses théories sur le Tarot dans son livre Le Tarot des Bohémiens illustré par Oswald Wirth, puis dans un second livre, Le Tarot divinatoire (1909).

D’autres Tarots originaux voient le jour à cette époque, influencés par la kabbale, l’alchimie et l’hermétisme : c’est le cas des jeux anglo-saxons.

> La tradition anglo-saxonne : modifications et inventions

Cette tradition, influencée par les occultistes français du XIXe siècle, a par la suite rayonné dans le monde entier, depuis la diffusion du plus célèbre jeu anglais, le Tarot de Rider-Waite, aujourd’hui largement plus répandu que celui du Tarot de Marseille.

Arthur Edward Waite (1857-1942), traducteur anglais des ouvrages d’Eliphas Levi et de Papus, ancien membre de la Golden Dawn (= Ordre hermétique de l’Aube dorée), écrivit un lire, The Pictorial Key to the Tarot (publié en 1910) avec un jeu entièrement redessiné. Ce jeu, conçu par Arthur Waiter, édité par Rider et dessiné par Pamela Smith, il comporte des différences notables avec le jeu traditionnel : les noms de certains Arcanes majeurs ont été modifiés, les symboles et les dessins sont souvent différents, parfois même les nombres des cartes ne sont pas les mêmes (ainsi, la Force est l’Arcane VIII et la Justice l’Arcane XI).

Ce jeu connaît un très grand succès aux Etats Unis. Aujourd’hui, en France, le Tarot de Rider-Waite devient de plus en plus populaire.

Les tarologues modernes

La France reste la « gardienne » du Tarot de Marseille traditionnel, surtout depuis l’édition du jeu par Paul Marteau, en 1930, et la publication de son livre Le Tarot de Marseille en 1949.
Plus tard, d’autres tarologues sont partis à la recherche du jeu de Tarot authentique, comme Alejandro Jodorowsky qui, en 1997, restaura l’ancien jeu de la famille de cartiers marseillais Camoin.

Depuis la fin du monopole des cartiers en 1945, on voit fleurir de nombreux jeux ésotériques et/ou artistiques, tous plus originaux les uns que les autres, ainsi que des rééditions de jeux historiques (comme le Tarot italien des Visconti).

Le maître de Tarot auquel je me réfère en particulier est Alejandro Jodorowsky, auteur du livre La Voie du Tarot, coécrit avec Marianne Costa. Il a écrit également différents ouvrages sur la psychogénéalogie, les synchronicités et les soins de guérison, qu’il nomme « psychomagie » (Manuel de psychomagie, vers le chemin de guérison). Pour Jodorowsky, une lecture de Tarot peut en effet mettre en lumière des déséquilibres chez le consultant – sur divers plans de sa vie – qui demandent à être rétablis dans un ordre interne cohérent, et il propose pour cela un certain nombre de « chemins de guérison ». Jodorowsky a ouvert la voie à une lecture psychologique du Tarot, en lisant notamment les Arcanes à la lumière des archétypes jungiens. Grâce au phénomène des synchronicités et des résonances, les cartes du Tarot nous permettent d’explorer notre inconscient.

Depuis quelque temps, la pratique du Tarot s’est totalement libérée : de nombreux auteurs lisent et utilisent le Tarot dans un sens psychologique et spirituel, en font un outil au service de la connaissance de soi et du développement personnel. On peut aujourd’hui méditer, manager, dessiner, créer, conter avec le Tarot….!
Mais Le Tarot reste, encore de nos jours, l’outil de divination le plus utilisé.

Le Tarot ouvre les portes de notre liberté et notre créativité, à la condition toutefois de respecter ses symboles traditionnels et leur visée à la fois divinatoire et initiatique, et de mettre notre lecture au service d’une élévation de conscience.
On ne fait pas n’importe quoi avec les Arcanes du Tarot. L’intention avec laquelle on utilise ce jeu sacré est essentielle : tirer les cartes du Tarot, c’est décider d’évoluer vers plus de conscience, dans une attitude de non jugement, d’écoute et de bienveillance, avec l’élan de l’amour et la foi en la Vie. C’est se lancer dans une aventure joyeuse en quête de vérité et de sagesse au coeur même du mystère de l’existence.

Isabelle Nadolny conclut son livre en écrivant :

« Le mystère attise la curiosité et l’imagination. Il ouvre l’envie de chercher toujours plus loin, il stimule la réflexion, l’envie de comprendre, de proposer des idées. Ne vaut il pas mieux continuer à se questionner au sujet du Tarot ? N’est ce pas là tout l’intérêt ? ».

Continuons bien sûr à interroger le Tarot, à chercher, à travers ses symboles, au coeur même du mystère, les réponses que la Vie nous tend.

Crédits photographiques

Illustrations tirées du livre L’Histoire du Tarot, par Isabelle Nadolny

L’Ermite, Tarot dit de Charles VI, Italie du Nord, XVe siècle, BnF (détail)
La Lune, Tarot dit de Charles VI, Italie du Nord, XVe siècle, BnF (détail)
L’Empereur, Tarot de la collection Rothschild, Italie du Nord, fin du XVe siècle, musée du Louvre.
Le Bateleur, 1ère édition de l’ancien Tarot de Marseille de Grimaud, Paris, 1930, Tarot Museum Belgium.
La Tireuse de cartes, de Lucas de Leyde, 1508-1510, musée du Louvre (détail).

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