Aujourd’hui, je voudrais parler de la souffrance — cette sensation inhérente à l’existence humaine. La souffrance nous accompagne peut-être dès la naissance, dans cette première séparation d’avec la mère, in utero, qui est déjà une immense perte. Elle nous accompagne aussi très tôt à travers la conscience de notre finitude : celle de notre propre mort, et celle de la mort de nos proches.
Je veux parler de la souffrance du corps, de la maladie. De la souffrance du mental, des émotions douloureuses, de ce psychisme qui parfois se déconnecte du réel, jusqu’à la folie. De la souffrance de la solitude et de l’isolement. De celle de la précarité. De celle, plus lourde encore, des grands traumas que l’humain peut traverser — la violence extrême, inhumaine, les guerres.
Mais il existe une autre souffrance : la souffrance existentielle. Celle dont on dit, à juste titre, qu’elle est la seule garante de notre salut — car elle seule, paradoxalement, peut nous en délivrer. Cette souffrance-là est peut-être la seule voie d’accès à la lumière, à la paix, à la joie, à l’Amour.
Souffrance et passion : une même racine
Il est intéressant de remonter à l’étymologie. Le mot « souffrance » vient du latin sufferre — sub-ferre, « porter dessous », supporter, endurer. Souffrir, c’est littéralement porter un poids.
Le mot « passion » vient lui du latin pati, qui signifie précisément souffrir, endurer. C’est la même racine que l’on retrouve dans « patient » — celui qui endure — et dans « compassion » — souffrir avec. On l’oublie souvent, mais la passion, dans son sens premier, désignait la souffrance endurée, non un état amoureux ni même un enthousiasme !
Cela mérite d’être rappelé : la passion n’est pas l’Amour. Elle en est parfois même l’antichambre douloureuse, cette intensité qui nous traverse, qui nous consume, qui nous met à l’épreuve — mais qui n’est pas encore l’Amour.
L’Amour est calme, stable, il ne se consume pas. La passion, elle, brûle, et dans cette combustion il y a de la souffrance. Confondre les deux, c’est parfois s’enfermer dans une souffrance que l’on prend pour de l’amour.
Le Bouddha : « toute existence est souffrance »
Le Bouddha, dans son premier enseignement, pose ce qu’on appelle la première noble vérité : sarvam dukham — toute existence conditionnée est souffrance, ou plus justement insatisfaisante, impermanente. Ce n’est pas un constat pessimiste, c’est un diagnostic. Et comme tout diagnostic, il ouvre la voie à un traitement : comprendre l’origine de la souffrance (l’attachement, le désir, l’ignorance de l’impermanence), pour ensuite s’en libérer.
La non-dualité : sortir de l’illusion de la séparation
La philosophie hindouiste, notamment dans la tradition de l’Advaita Vedanta — la non-dualité —, va dans le même sens par un autre chemin. Elle enseigne que la souffrance naît de la maya, l’illusion de la séparation : je me crois séparé de l’autre, séparé du monde, séparé du divin. Cette illusion est portée par l’ahamkara, l’ego, ce principe qui fabrique sans cesse du « je » et du « moi » et qui, ce faisant, nous coupe de notre nature véritable.
Reconnaître la non-dualité, c’est reconnaître que l’Atman — notre essence la plus profonde — ne fait qu’un avec le Tout. Et dans cette reconnaissance, la souffrance perd son emprise, non pas parce qu’elle disparaît comme par magie, mais parce que celui qui souffrait — le petit moi séparé — se révèle n’être qu’une construction.
Le yoga : apaiser le système nerveux pour dépasser la souffrance
C’est précisément ce que propose la philosophie du yoga, et c’est là tout mon métier.
Patanjali, dans les Yoga Sûtras, nomme les kleshas — les causes de la souffrance :
- l’ignorance (avidya),
- l’identification à l’ego (asmita),
- l’attachement (raga),
- l’aversion (dvesha),
- et la peur de la mort (abhinivesha).
Le yoga ne se contente pas de nommer ces causes : il propose des outils concrets pour les traverser.
- Le souffle (pranayama),
- la posture (asana),
- la relaxation profonde (yoga nidra),
- la méditation
— tout cela agit d’abord sur le système nerveux. On apaise le système sympathique, celui de l’alerte et de la survie, pour laisser place au système parasympathique, celui du repos et de la réparation.
Ce n’est pas une simple détente : c’est la condition physiologique nécessaire pour que le mental cesse de s’agiter, pour que le discernement (viveka) et le détachement (vairagya) puissent enfin s’installer.
On ne dépasse pas la souffrance seulement par la pensée : on la dépasse aussi, et peut-être d’abord, par le corps et le souffle.
Le tarot : un chemin de la souffrance à l’Amour
Le Tarot de Marseille, dans l’esprit de Jodorowsky, porte lui aussi ce même enseignement, à sa manière.
L’arcane II, la Papesse, tient son livre ouvert : elle est l’archétype de la Mère Divine, celle qui porte l’Amour inconditionnel. Elle nous invite à nous relier à cet Amour-là, non pas à l’extérieur de nous, mais à l’intérieur : à notre Soi, à l’Atman.
L’arcane XIIII, Tempérance, nous invite quant à elle à déposer un baume de douceur sur nos blessures, sur notre souffrance. Elle nous montre le chemin de la guérison : verser l’eau d’un vase dans l’autre, sans en perdre une goutte, c’est apprendre à faire circuler la Vie en nous sans la dilapider, sans la brusquer non plus.
Mais c’est tout le chemin des vingt-deux arcanes majeurs qui nous invite à ce passage : de la souffrance à la paix, de la tristesse à la joie, de la haine à l’Amour. Ces vingt-deux lames sont, en ce sens, des cartes d’Amour.
C’est dans cet esprit que je vous accompagne — dans mes guidances, dans mes enseignements, et dans mes formations plus longues, comme le Parcours Tarot Initiatique (formation en ligne de 32 mois) ou Transmutation (coacing individuel en ligne de 3 mois).
Mon expérience
Pour ma part, oui — ce sont ces moments de très grande souffrance, ces épreuves qui semblaient insurmontables, qui m’ont permis d’avancer. Parce que j’ai réussi à les enjamber, à sauter par-dessus — non sans grande douleur, non sans y laisser des plumes — d’aller de l’autre côté. « De l’autre côté du miroir », pour reprendre l’expression de Lewis Carroll. Et d’y découvrir, enfin, la paix.
Alors oui, très probablement, on peut aussi vivre un éveil de conscience, une connexion à la joie, sans passer par la souffrance. Mais je crois que pour les humains que nous sommes, cela reste rare. Ce n’est en tout cas pas ce que j’ai vécu. Je ne peux pas le regretter — même si je ne souhaiterais pas le revivre.
Alors oui, il s’agit d’accepter la souffrance. Non pas pour y rester, mais pour la transmuter, pour accéder à son contraire. Il s’agit de la regarder comme une étape nécessaire — mais non suffisante — pour découvrir ce qu’elle n’est pas, ce qu’elle nous voile : la paix, la joie, l’Amour.
Alors oui, la souffrance disparaît.
Pourquoi je veux aider les gens
On me demande parfois pourquoi j’ai choisi ce métier. Il y a une réponse simple : c’est mon métier depuis longtemps déjà. J’enseigne le yoga depuis vingt ans. Je pratique le coaching et le Tarot depuis plus de dix ans.
Mais il y a une réponse plus profonde. Je sais ce qu’est de souffrir, et je sais aussi que l’on peut en sortir.
Toute petite déjà, j’étais très sensible à la souffrance de ma propre mère, et je faisais tout ce que je pouvais pour l’aider à en sortir. En vain. Elle est morte très jeune de sa souffrance non résolue. Et cet événement tragique a créé aussitôt une nouvelle épreuve dans ma Vie de toute jeune femme.
Je n’ai pas pu sauver ma mère. D’ailleurs, on ne peut sauver personne, si ce n’est soi-même :
« Aide-toi, le Ciel t’aidera », comme le dit La Fontaine dans sa fable Le Chartier embourbé.
Mais on peut aider autrui à apaiser sa souffrance.
Je crois qu’après ce drame — dont j’ai mis des années à me remettre —, moi qui suis hypersensible et par ailleurs très tolérante, je suis devenue intolérante à une chose : la souffrance. Oui, elle m’est intolérable. En moi, autour de moi.
Et c’est pour cela que je fais ce métier — professeure de yoga, coach et tarologue —, pour accompagner celles et ceux qui souffrent, jusqu’à « l’autre côté du miroir ».

