LE TAROT ET L’AMOUR : L’ÉCHELLE DE L’AMOUR

« Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction »
— Antoine de Saint-Exupéry

« L’amour véritable est celui qui conduit l’âme vers le divin. »
— Diotime, dans Le Banquet de Platon

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je fasse une aide qui lui soit assortie. »
Genèse 2,18

« Tandis que tu montes ton échelle, n’oublie pas que je descends… Je suis là où tu es. J’aime là où tu aimes ».
Catherine Bensaid et Jean Yves Leloup

« L’Amour est le seul trésor qui augmente quand on le dépense ! »


❤️ L’échelle de l’amour : des désirs terrestres à l’amour divin

De porneia à agapê, une ascension de l’âme

Voici une échelle de l’amour en 10 étapes, inspirée de la philosophie grecque antique, qui explore les multiples visages de l’amour – depuis porneia, la forme la plus instinctive, animale et possessive, ancrée dans le désir charnel, jusqu’à agapê, l’amour le plus élevé, inconditionnel et divin.
Chaque stade représente une manière différente d’aimer, un palier sur le chemin de transformation et d’élévation intérieure, allant du besoin vers le don, du désir vers la sagesse, de la passion vers la compassion, de la dépendance vers la liberté, de l’attachement vers la conscience.

Pour écrire cet article, je me suis inspirée du très beau livre de Catherine Bensaid et Jean Yves Leloup : Qui aime quand je t’aime ? dont je cite plusieurs extraits.
Cet ouvrage cite entre autres certains passages de l’Évangile selon saint Jean.


 « Quand on parle d’amour, on peut se demander si le problème est d’être aimé, de se sentir aimé, ou d’aimer, d’être capable d’amour. L’art d’aimer, est ce savoir comment être aimé, être aimable ? Ou est ce l’art de devenir « aimant » ? écrivent Catherine Bensaid et Jean Yves Leoup.

Ils poursuivent :
« Les Anciens aimaient les échelles pour essayer de symboliser les différents niveaux d’être et de conscience. L’homme est lui-même souvent symbolisé par une échelle et c’est là sa mission : tenir ensemble le ciel et la terre, le plus divin et le plus humain, afin de réaliser « l’archétype de la synthèse ».
Pourrions nous imaginer une échelle de l’amour ? Et si vivre, c’est apprendre à aimer, n’est ce pas apprendre à monter et à descendre cette échelle ?
L’amour est aussi un arc en ciel qu’on ne peut pas réduire à une seule de ses couleurs. Chaque barreau de l’échelle, comme chaque couleur de l’arc en ciel, est une expérience particulière et irremplaçable de l’Un innombrable de l’amour.
Il n’y a pas de bons ou de mauvais amours, il n’y a que des évolutions arrêtées, arrêtées à un barreau de l’échelle. S’enfermer dans une couleur, c’est réduire l’amour dans les limites de notre petite ou « très grande » expérience.

« Plotin reconnaissait que « nous ne parlons pas de l’Un, mais de nous-mêmes, c’est-à-dire de l’état de notre être, de notre pensée (et de notre affectivité) par rapport à sa réalité toujours transcendante.
Ainsi en est il de l’amour ; ce n’est de lui que nous parlons, mais des états d’âme et des expériences que chacun, dans ses limites et selon ses capacités, peut en avoir.

Réfléchir sur l’amour, c’est se placer en dehors de lui, c’est parler de ce qui nous manque. Ceux qui aiment, ni le temps ni l’espace ne leur sont donnés pour ce recul…. L’Amour les centre et c’est le silence houleux de la mer.
Que l’homme ne sépare pas ce que la vie et l’Amour tentent sans cesse d’unir : la matière et l’esprit, l’homme et la femme, la terre et le ciel, l’homme et Dieu, la passion et la compassion, le fini et l’infini… 

Cet Amour aujourd’hui, c’est à tous les niveaux de notre échelle que nous pouvons le vivre. Introduire un peu plus de conscience, de liberté et d’agapè dans nos besoins, nos demandes et nos désirs, dans nos passions et nos amitiés. Introduire de l’Ouvert, c’est à dire de l’espace et de la légèreté dans tous nos amours.

L’ « insoutenable légèreté de l’Être », l’incomparable liberté de l’Amour, car même la mort ne pourra pas nous enlever ce que nous avons donné.



1️⃣ Porneia (πορνεία) – L’AMOUR APPÉTIT

Le désir charnel brut.
C’est un amour captatif qui dit : Je te mangerai – je t’aime comme une bête.
L’amour commence par le désir physique pur, centré sur la satisfaction personnelle. C’est un amour impulsif, souvent possessif ou addictif.
C’est l’amour de l’enfant pour sa mère. Consommer ou communier ? Là est la question. Il n’y a rien à refouler, il s’agit de s’accepter avec ses faims, ses besoins, ses appétits, et de ne pas en être l’esclave. Devenir capable de communion avec l’autre, ne pas seulement consommer et consumer.


2️⃣ POTHOS (Πόθος) – L’AMOUR BESOIN

C’est un amour possessif qui dit : Tu es tout pour moi – j’ai besoin de toi – je t’aime comme un enfant.
S’ajoute ici la dimension émotive, qui peut parfois se suffire à elle-même, sans participation de la sexualité. C’est l’intensification du désir : une obsession de l’autre, du plaisir ou de la possession. Le cœur est en feu, mais il n’est pas en paix.


3️⃣ MANIA (μανIα) ET PATHÉ (πάθη) – L’AMOUR PASSION

C’est la passion amoureuse qui dit : Je t’aime passionnément – je t’ai dans la peau – tu es à moi, rien qu’à moi – je t’aime comme un fou, je ne peux pas me passer de toi.
Mania (la folie amoureuse) et Pathé (les passions) représentent l’étape de la fusion, de la démesure, celle où l’être aimé devient obsessionnel, presque indispensable à notre propre existence. Mania évoque la perte de soi dans l’autre, ce feu intérieur qui consume, trouble et fascine. Pathé parle de ces émotions qui nous submergent : désir, jalousie, exaltation, douleur… un tumulte souvent incontrôlable.


4️⃣ EROS (ἔρως) – L’amour ÉROTIQUE

C’est l’amour érotique qui dit : Je te désire – tu me fais jouir – tu es belle – tu es beau – tu es jeune.
Avec Eros, on entre dans le domaine du désir : désir d’être désiré, désir d’un autre désir sans doute, mais aussi dans un sens platonicien et plotinien : désir de ce qui nous dépasse, de ce qui nous élève.
Eros cherche l’union, la beauté, la communion avec l’autre. Mais il est encore centré sur soi : « Je t’aime parce que tu me donnes du plaisir ».


5️⃣ Philia (φιλία) – L’amour amitié

L’amour amitié dit : Je te respecte – je t’admire – j’aime ta différence – je suis bien sans toi – je suis mieux avec toi – tu es mon/ma meilleur.e ami.e – j’aime être avec toi – tu me fais du bien.
Ici, l’amour devient réciproque, équilibré. Il repose sur le respect, la confiance, la joie partagée. Philia est l’amour d’égal à égal. C’est un « amour durable », attente d’un échange, d’une relation dans laquelle chacun doit donner sa part.
Mais il reste un amour intéressé.


6️⃣ Storgê (στοργή) – L’amour TENDRESSE

Un amour stable, fait d’attachement, de loyauté, de tendresse, qui dit : Je suis meilleur.e que moi-même quand tu es là – j’ai beaucoup de tendresse pour toi – je suis heureux.se que tu sois là.
Ce n’est plus la passion qui guide, mais la familiarité et le sens de l’engagement et de la responsabilité.
Jusqu’ici l’amour était conditionné par notre relation avec un autre extérieur. La tendresse et la bonté sont des qualités internes qui affectent et transforment le sujet qui les manifeste, mais aussi les êtres et les choses qui les entourent. Il ne s’agit plus alors d’un amour dépendant d’une autre personne, mais d’un amour considéré comme un « état d’être » ou un « état de conscience ». L’amour est alors un rayonnement de l’être profond de la personne, il se manifeste comme une tendresse infinie à l’égard de tous les êtres.


7️⃣ HARMONIA (ἁρμονία) – L’AMOUR HARMONIE, LA BONTÉ

L’amour prévoyant, le soin, qui dit : Que c’est beau la vie quand on aime – nous sommes bien ensemble. Avec toi tout est musique – le monde est plus beau.
Il ne s’agit plus de désirer l’autre pour soi, mais de partager avec lui une vibration commune, une paix à deux. Ensemble, on s’accorde comme des instruments dans une même symphonie : tout devient musique, tout devient plus beau.
Il y a quelque chose de solaire dans la tendresse et la bonté, c’est comme le dit l’Évangile, « un soleil qui rayonne sur les méchants et sur les bons, qui brille sur les justes et les injustes ».


« Ayez un soleil en vous-même ! » C’est une parole commune au Christ et au Bouddha.

Il ne s’agit pas seulement de poser des actes d’amour mais d’être amour.
C’est ainsi que les êtres bons rayonnent de cet Amour qui ne leur appartient pas mais qui les traverse et les habite, peuvent être sources d’harmonie.
La dimension sexuelle, tout comme la dimension émotive et affective, ne sont pas exclues de cette voie de l’amour tendresse et harmonie.
Avec Harmonia, nous entrons dans le stade des formes d’amour désintéressé.


8️⃣ EUNOIA (εὔνοια) – L’amour DÉVOUEMENT

Cet amour ne dépend plus de la relation : c’est un vouloir-le-bien universel, même sans retour. C’est un amour de l’âme, pur, lumineux.
C’est un amour compassion, un amour bienveillance, qui dit : J’aime prendre soin de toi – je suis au service du meilleur de toi-même.
L’amour se tourne vers le bien de l’autre : on prend soin, on protège, on anticipe les besoins de l’autre. C’est l’amour qui agit.
L’Amour n’est pas seulement rayonnement de l’Être, partage d’une plénitude intérieure, mais aussi soleil qui agit pour les méchants et pour les bons.
La compassion est cette bonté en actes, elle est cette plus haute preuve de tendresse qu’on appelle encore le dévouement.
« Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, à servir qu’à être servi » : servir, ce n’est pas être servile. Nous nous ne sommes plus du côté de la soif, mais du côté de la source, nous ne sommes plus du côté du besoin et de la demande, mais du côté du don, du côté de ce qui se donne, dans la donation même de nos actes.


9️⃣ Kharis (χάρις) – La grâce

Amour gratuit, non mérité, non négocié. On aime non pas à cause de quelque chose, mais sans cause. C’est le début de l’amour divin.
C’est la grâce, qui dit : Je t’aime parce que je t’aime – c’est une joie – c’est une grâce d’aimer et de t’aimer – je t’aime sans condition – je t’aime sans raison.
S’il n’y a pas de mot pour dire sa plus grande douleur, il n’y a pas de mot non plus pour dire sa plus grande joie.
La kharis, c’est donner et se donner avec joie ; l’ego, mes intérêts, mes désirs, mes demandes ne sont plus un obstacle, ils sont débordés par la puissance d’un amour qui me vient d’ailleurs, qui m’est donné gratuitement (« gratuit » et « grâce » ont la même étymologie) et qui se donne gratuitement.
C’est ce qu’on appelle parfois « état de grâce ».


🔟 Agapê (ἀγάπη) – L’amour inconditionnel, divin

« Agapê ne connaît ni conditions, ni limites, ni peur. Elle est. »

C’est l’amour inconditionnel, divin, pur, total.
C’est l’Être, l’Amour avec un A majuscule.
C’est l’amour qui donne sans attendre, qui embrasse tout, qui unit tout.
C’est l’Amour qui fait tourner la Terre, le cœur humain et les autres étoiles – ce n’est pas seulement moi qui aime et qui t’aime, c’est l’Amour qui aime en moi. On aime comme Dieu aime.
L’Amour (agapê) étant le seul Dieu qui ne soit pas une idole, on ne peut pas « l’avoir », on ne le « possède » qu’en le donnant.
Cet Amour est un Autre en nous, une autre conscience, un tout autre amour que tous ceux que nous avons connus précédemment et qu’on ne peut comparer à rien.
Cet Amour ne détruit rien, ni l’enfant en nous avec ses besoins ni l’adolescent avec ses demandes, ni l’adulte avec ses désirs, mais il nous rend libre de toutes les formes d’amour que nous avions prises pour l’Amour.

A ce niveau de conscience, Amour et liberté s’embrassent, il n’y a plus de dualité, l’homme demeure dans l’Ouvert.
Dans cet amour humain gratuit et inconditionnel se révèle un Être qui est agapê, non un acte pur d’exister, un moteur immobile, mais un sujet aimant, ce qui ouvre l’Être…
L’Amour (agapê) tant le seul Dieu qui ne soit pas une idole, on ne peut pas « l’avoir », on ne le « possède » qu’en le donnant.


🌀 POUR CONCLURE….

J’aime beaucoup cette image de l’échelle symbolique de l’amour, où chaque barreau représente une facette précieuse de l’amour humain, de la plus terrestre à la plus céleste. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une échelle de valeurs : il n’existe pas de mauvais amour, mais des formes incomplètes ou figées. Et nous sommes invité.es à monter l’échelle de barreau en barreau.
Monter cette échelle, c’est passer :

  • du besoin au don,
  • de la dépendance à la liberté,
  • de la passion à la compassion,
  • de la possessivité à la conscience universelle.


UN CHEMIN D’ÉLÉVATION

J’ai voulu montrer, grâce aux lectures édifiantes et inspirantes qui m’ont nourrie, qu’il est possible, en tant qu’êtres humains, de cheminer vers plus de conscience, plus de générosité, plus de lâcher prise, plus d’ouverture, afin d’atteindre une vision unifiée de l’amour : l’Amour véritable (Agapê) n’annule pas les autres formes, mais les transcende, les éclaire. Il ne se possède pas, il se donne.

Aimer, c’est incarner le divin en soi, vivre dans « l’Ouvert », où l’on devient pont entre Ciel et Terre.

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