
Block quote :
« Lire le Tarot c’est présenter au consultant les Arcanes transformés en miroir de son âme. »
Alejandro Jodorowsky
Je reprends ici les grandes lignes de la pensée d’Alejandro Jodorowsky, qui a fait de la tarologie un art de la lecture du Tarot au présent, distinct en ce sens de toutes prédictions de l’avenir.
Je rappelle que, si le Tarot fait partie des arts divinatoires, ce n’est pas parce qu’il permet de deviner l’avenir, mais parce qu’il participe de la divination, c’est à dire de la dimension divine, sacrée, de l’existence.
Comme l’écrit Jodorowsky, nous considérons alors la signification des symboles du Tarot comme un outil psychologique, un outil de connaissance de soi, et n’utilisons pas les cartes pour prédire l’avenir.
Il s’agit de donner à lire, comme la Papesse qui semble offrir son livre, et l’Etoile qui donne au monde ce qu’elle reçoit de la Conscience cosmique.
– La déontologie et la position du tarologue :
Alejandro Jodorowsky écrit qu’en parvenant à la connaissance de son essence réelle – ce qui en lui est inné et non pas acquis – le tarologue peut conduire le consultant à cesser d’être ce que les autres veulent qu’il soit pour arriver à être ce qu’il est vraiment.
Le tarologue doit se rendre compte des motifs qui le poussent à lire le Tarot.
Il doit savoir comment il se sent personnellement.
Sa position doit être claire, sinon la lecture sera confuse.
Car le Tarot devient un langage essentiellement subjectif. Mais il est tout à fait possible de se dire, en tant que tarologue : « je serai conscient de mes projections ».
Le tarologue développe ainsi une attitude de concentration, d’attention très fine.
L’un des plus grands dangers de la lecture est que le tarologue juge moralement le consultant : car le « juge ment » (Arcane XX).
Le tarologue est un miroir : dans la pureté de son esprit se reflète le niveau de Conscience du consultant. Il obtient alors que le consultant se lise lui même le Tarot. La lecture apportera une réponse qui correspondra au monde de l’autre.
– Comment lire le Tarot ?
Sans manipuler, sans diriger, sans s’ériger en maître, en structurant la lecture de telle manière que la solution vienne du consultant. Celui ci doit pénétrer lui même les messages que lui envoie son inconscient.
– Les gestes du tarologue sont très importants :
« Je me suis proposé de parvenir à mettre en place les gestes de la lecture du Tarot avec la perfection et l’humilité d’une cérémonie du thé zen », écrit poétiquement Jodorowsky.
– La voix du tarologue doit être douce, venant du coeur et non de l’intellect., avec un ton de bonté, très difficile à obtenir…
– L’état de « sainteté » du tarologue :
Pour y parvenir, le tarologue doit approcher un état de « sainteté », dans le sens d’un vrai sentiment, poétique et sublime, dans le sens d’une sainteté citoyenne, et non de la sainteté dont se sont emparées les religions.
Le lecteur de Tarot doit alors imiter la sainteté.
Cela s’obtient peu à peu :
- En étant fort dans les petites choses, dans le quotidien, en s’exerçant à donner sans attendre en retour (ni remerciements, ni argent, ni admiration…).
- En contrôlant pendant la lecture ses pensées, ses désirs, ses émotions, sans se complaire dans l’angoisse ou la douleur.
- En apprenant au consultant à apprendre de lui même, à ne jamais agir en son nom propre mais au nom du « dieu » (ou maître) intérieur.
– L’authenticité de la lecture :
Pour que la lecture soit la plus authentique possible, et qu’elle soit le moins possible une projection des problèmes du tarologue, le tarologue doit être dans un état particulier : un état que Jodorowsky qualifie de « transe » et qui équivaut en fait à une exacerbation de l’attention, à un état de superconsience dans lequel on peut perdre la notion du temps, dans lequel le rationnel ne disparaît pas mais où le paysage s’élargit. C’est un état de présence extrême où chaque geste, chaque action sont parfaits : il n’y a que l’action pure dans le présent.
Dans ces conditions, dans cet état de transe, l’être est mû par ce qu’il est et non par ce qu’il a appris….
« Tomber en transe » en lisant le Tarot, cela veut dire que le tarologue se concentre et « voit » une seule chose : ce qu’il doit voir et rien de plus. Cet état dit de transe n’est autre qu’une concentration aiguë de l’attention sur un détail qui, bien sûr, est caché à la conscience ordinaire.

– La relation entre le tarologue et le consultant :
La fonction du tarologue consiste à traduire un message venu de l’inconscient du consultant et à le lui faire comprendre de manière qu’il puisse le saisir dans sa vie quotidienne et l’appliquer à ses préoccupations les plus vitales. Il s’agit de se mettre au service du consultant pour lui être utile.
Le Tarot étant à l’origine un jeu, sa lecture doit être structurée comme un jeu entre le lecteur/tarologue et le consultant.
Dans ce jeu, le but est de guérir l’adversaire, c’est à dire le consultant, de l’aider à vivre.
Accompagner le consultant afin de le guérir est un travail difficile car l’être humain est un contenu merveilleux dans un contenant malade : il est comme un malade qui refuse d’admettre que sa pensée a la capacité de le soigner.
Il croit qu’il ne mérite pas de sortir de la souffrance, il se culpabilise, et ne fait pas l’effort de changer. Il ne peut accepter qu’il vit dans le cosmos et bannit l’idée d’éternité. Il ne se doute pas que l’univers – l’« inconscient » – est son allié et ne daigne pas de méditer pour trouver son dieu intérieur. Il confond la Conscience (l’Être essentiel) avec l’acte qui consiste à prendre conscience de quelque chose.
Or la finalité de la Conscience est de parvenir à être elle même pour s’offrir ensuite à la divinité.
Dans le centre obscur de l’inconscient, il y a un point brillant de lucidité totale qui se manifeste comme dieu intérieur, ou, si on l’utilise mal, comme démon intérieur.
Pour changer, il faut vouloir changer, et accepter les conséquences de ce changement.
Au moment de lire les cartes, le tarologue doit observer son consultant, observer où il en est dans ce processus de changement.
Le tarologue ne doit en aucun cas se poser en personnage supérieur. Son seul pouvoir est le pouvoir d’aider, si on le lui demande.
– Qu’est ce que la tarologie ?
Selon la définition d’Alejandro Jodorowsky, la tarologie c’est la lecture du présent, et non pas la prédiction de l’avenir.
Car prédire que les choses peuvent arriver les fait arriver : le cerveau a tendance à réaliser automatiquement les prédictions.
Lire le présent, c’est lire un présent dans lequel la maladie représente le passé dont on ne peut se défaire. Car à la base de tout problème, de toute maladie, il y a un manque de conscience des traces du passé et des potentialités de l’avenir.
Le tarologue d’après Jodorowsky se met à utiliser alors le Tarot comme un test psychologique.
Si le consultant doute, c’est parce que le passé agit comme un lest tendant à faire répéter dans l’avenir les expériences traumatisantes de l’enfance ou du passé, ou bien comme une source d’énergie qui nous pousse à progresser, voire à nous transformer.
Le présent est le point d’où part un éventail de chemins infinis. Donc, même « lorsque tout est écrit », le libre arbitre consiste à choisir l’une de ces condamnations infinies.
Or il s’agit de lire le présent qui est la véritable inconnue pour le consultant.
Lire le Tarot, c’est présenter au consultant les Arcanes transformés en miroir de son âme.
La véritable lecture du Tarot doit prendre en compte les projections du tarologue et celles du consultant, fondées sur la vision des détails de la carte. D’où l’importance capitale de bien connaître les symboles des cartes. Et de savoir lire les cartes, qu’elles soient seules ou plusieurs.
Nous n’allons pas interpréter les cartes comme une suite de sentences, mais bien plutôt considérer le Tarot comme un langage où deux par deux, puis trois par trois, et de lis en plus nombreuses, les cartes se répondent comme les instruments d’un orchestre :un Arcane est une note ; deux, un duo ; trois, un accord ; plus de trois, une phrase…

